Le Grand Entretien

 

 

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Cette contribution réalisée par l’ANEPF se veut résolument objective, espérant qu’elle sera un outil pour les prochains bureaux de l’ANEPF mais également pour l’ensemble de nos partenaires de travail que sont la Conférence des doyens, le Collège de Maîtres de Stage, l’Ordre National des Pharmaciens, nos ministères de tutelle que sont le Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ainsi que le Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et du Droit des Femmes. De même, ce grand Entretien doit devenir un outil de référence pour l’ensemble des étudiants en pharmacie élus et siégeant activement dans les différents conseils universitaires au même titre que les précédentes contributions réalisées par l’ANEPF (contribution sur la 5e année hospitalo-universitaire, contribution sur la mise en place du Diplôme de Formation Générale dans les études de Pharmacie, …)

Cette contribution a pour but de décrypter les difficultés rencontrées par l’ensemble des étudiants en pharmacie de France en prenant en compte toutes les facettes de la vie étudiante. Autour de 10 thématiques, nous avons tenté de cibler les problématiques les plus marquantes pouvant impacter positivement comme négativement le déroulement du cursus universitaire.

La conclusion de cette contribution reprend l’ensemble des points ciblés et des propositions pouvant être mises en place localement par les administrations universitaires et les associations étudiantes.

Il ressort de cette étude que la filière Pharmacie manque de visibilité auprès des lycéens. En effet, 80 % des étudiants en pharmacie considèrent qu’ils n’ont pas été suffisamment informés sur les études de pharmacie et les débouchés avant leur première année de faculté.

Dans le but de promouvoir notre filière dans les lycées, les associations locales constituant le réseau de l’ANEPF se rendent dans les lycées afin de rencontrer les futurs étudiants et de répondre à leurs questions. Pour ces rencontres, l’ANEPF édite chaque année sa collection de guides pratiques. Parmi eux le Guide des Professions Pharmaceutiques, le Guides des Etudes Pharmaceutiques et des Masters 2 et le Guide PACES (version numérique) constituent des sources d’information complètes et accessibles à tout lycéen qui souhaiterait s’orienter vers la Pharmacie. De même, l’élaboration d’un kit d’orientation de la filière doit à terme donner toutes les armes nécessaires aux associations locales représentatives des étudiants en pharmacie pour se rendre à la rencontre des lycéens, devenir acteur et moteur de la promotion de la filière pharmacie.

Toujours dans le but de promouvoir la filière pharmaceutique en amont des choix d’orientation, l’ANEPF souhaite dans les plus brefs délais disposer d’une application pour smartphone contenant une version numérique de chacun de ses guides, mais également une explication du cursus pharmaceutique, des actualités du monde de la pharmacie tant au niveau éducatif que professionnel mais aussi d’outils intégrés plus ludiques d’auto-test des connaissances pharmaceutiques.

Le taux d’étudiants ayant choisi cette filière par défaut est à l’heure actuelle de 33 % et 10 % d’entre eux souhaitent au cours de leur cursus effectuer une passerelle vers une autre filière de santé. La grande majorité des étudiants dans cette situation sont des étudiants ayant échoué au concours de médecine lors de la PACES et souhaitant réintégrer la filière médicale.

Parmi les étudiants n’ayant pas vécu la PACES, 14 % n’avaient pas choisi de faire pharmacie en première intention à l’issue du baccalauréat.

Parmi les étudiants ayant effectué la PACES, 35,9 % n’ont pas choisi pharmacie en première intention.

Cette statistique démontre l’impact néfaste qu’a eu la réforme de la PACES sur la visibilité et l’attractivité de la filière pharmacie.

Il semble alors primordial pour l’ANEPF, et ce dès la DFGSP2, de faire découvrir aux nouveaux étudiants en pharmacie l’ensemble des filières auxquelles ils auront accès par la suite et le large panel de métiers auxquels ils peuvent aspirer avec le diplôme de Docteur en Pharmacie.

Aujourd’hui, les trois filières sont envisagées de manière homogène par les étudiants. En DFASP1, 38 % des étudiants veulent s’orienter vers l’officine, 33 % vers l’industrie et 29 % vers l’internat. Pourtant de la DFGSP2 à la DFASP2, les seuls stages obligatoires inscrits dans le cursus pharmaceutique sont à effectuer en milieu officinal. Proposer aux étudiants d’effectuer des stages de découverte au sein des milieux industriels et hospitaliers avant la DFASP2 leur permettrait de découvrir les différents métiers du pharmacien, de construire un projet professionnel et d’entrevoir, dès les premières années de formation, des perspectives d’avenir dans d’autres milieux que l’officine.

Le Grand Entretien soulève également des questions sur l’aspect pédagogique des études pharmaceutiques. Il faut tout d’abord souligner l’importance du taux d’absentéisme chez les étudiants en pharmacie. Près de 35 % d’entre eux avouent n’aller en cours que rarement voir jamais.

Les enjeux de cette statistique sont cruciaux pour nos UFR, c’est pourquoi il était important d’approfondir la question. Les principales raisons de cet absentéisme sont le désintérêt des étudiants pour les cours magistraux, l’utilisation de ce temps pour travailler personnellement et l’existence d’alternatives à la présence en amphithéâtre.

Aujourd’hui, rendre les cours magistraux attractifs, user de méthodes pédagogiques innovantes et faire évoluer l’enseignement pour le rendre plus interactif doivent devenir les priorités de nos UFR.
Il est également important de favoriser l’évaluation des enseignements ainsi que des supports pédagogiques par les étudiants qui en sont les principaux utilisateurs. Il s’agit en effet d’impliquer les étudiants dans leur processus de formation et de recueillir leurs avis qui bien souvent sont pertinents.

La réalisation de supports de cours incitant à la présence en cours tels que des polycopiés ne reprenant pas les cours détaillés mais contenant des schémas ou des textes à compléter au fur et à mesure de l’année pourraient être des alternatives aux systèmes de récupération et de mise en commun des cours entre étudiants. L’Université est synonyme d’indépendance et d’autonomie, chaque étudiant est alors livré à lui-même. C’est un changement important auquel chaque étudiant doit s’adapter pour réussir ses études.

Des contrôles de connaissances réguliers seraient non seulement un moyen d’assurer l’augmentation du taux de présence mais également de favoriser un apprentissage régulier des enseignements et de favoriser un travail sur le long terme. Notons à ce titre que 81 % des étudiants considèrent que les partiels ne reflètent pas correctement leur formation. Cependant, ces nouveaux modes d’évaluation pourraient représenter une certaine partie des contrôles sur l’ensemble du semestre et non pas se substituer totalement au système actuel.

Trouver des solutions pédagogiques pour réduire l’absentéisme est primordial. On note en effet un taux de redoublement très important dans la filière pharmacie puisque 63 % des étudiants en pharmacie ont déjà redoublé au moins une année pendant leur cursus. Pour 20,3 % d’entre eux, cette année fait partie du cursus pharmaceutique, première année exclue.

L’année la plus redoublée après l’année de concours est la DFGSP2. Les étudiants sortis d’une année intense de concours ne s’imposent plus la même rigueur : il est alors important de les accompagner. Pour cela, la mise en place de tutorats spécifiques pour certains enseignements semble être la meilleure solution d’autant plus qu‘elle est expérimentée et bien évaluée dans les établissements où elle est mise en place (Paris Descartes).

Parmi les étudiants ayant déjà redoublé au moins une année, 75 % ont redoublé la première année. Aujourd’hui la PACES est au cœur de tous les débats puisqu’elle n’a pas atteint les objectifs en termes de pédagogie et de réorientation active pour lesquels elle avait été mise en place. La question aujourd’hui est donc la suivante : quelles alternatives à la PACES ?

Les taux importants de redoublements en 1ère année et la démographie de la profession poussent à réfléchir sur l’intérêt du Numerus Clausus. L’ANEPF s’est récemment positionnée selon les motions suivantes :

« Le Numerus Clausus ne doit pas être totalement aboli. L’entrée dans nos études doit être régulée aussi bien pour la qualité de notre formation que pour des raisons de santé publique. »

« À l’heure actuelle, les critères de fixation du Numerus Clausus ne sont plus pertinents. Les administrateurs de l’ANEPF mandatent le bureau national à participer à l’élaboration de nouveaux critères de fixation du Numerus Clausus auprès des instances décisionnelles. »

En pharmacie, 65 % des étudiants sondés ont indiqués être épanouis dans leurs études et 56 % des étudiants en pharmacie considèrent la faculté comme un endroit propice à la vie sociale.

La période estudiantine et les structures universitaires se prêtent au développement personnel et social de chacun. La vie de l’Université est ponctuée d’événements festifs, démocratiques et d’orientation. L’ensemble de ces manifestations est fédérateur et donnent aux étudiants le sentiment de participer à la vie de leur établissement.

En plus des évènements estudiantins, l’Université propose de nombreux services à ses étudiants. Les plus utilisés par les étudiants restent les bibliothèques et les restaurants universitaires. Les équipements sportifs et les services de santé sont eux très peu connus et donc beaucoup moins utilisés.

Pourtant, les étudiants en pharmacie ne sont pas à l’abri des problèmes de santé : 16 % d’entre eux ont déjà subi des accidents nécessitant une hospitalisation. Ils sont également très nombreux (44 % et 60 %) à être touchés par des troubles psychologiques tels que les troubles du sommeil et le stress.

Se pose alors la question de l’accès aux soins pour les étudiants : un quart des étudiants sondés considèrent ne pas avoir tous les moyens nécessaires pour accéder aux soins. Il est donc indispensable d’assurer la communication sur l’existence des services de santé universitaire et d’en aménager les horaires d’ouverture afin que les étudiants puissent s’y rendre en dehors de leurs heures de cours.

Concernant leur entrée dans le monde professionnel, les étudiants en pharmacie sont 82 % à penser qu’ils n’ont pas acquis assez de pratique au cours de leur cursus. Ils attendent de leurs enseignements plus de connaissances pratiques. Des cours approfondis de management d’équipe, de merchandising, de comptabilité ou de droit de la santé auraient tout à fait leur place dans le cursus et ce le plus tôt possible comme c’est déjà le cas dans certaines facultés (Limoges). Les étudiants en pharmacie d’aujourd’hui cherchent à acquérir des compétences supplémentaires par rapport à la formation scientifique du socle du métier de pharmacien.

En ce sens, l’apprentissage des langues étrangères fait partie des faiblesses de la formation de pharmacien. Les étudiants effectuant des stages à l’étranger sont très rares (6 %). Il existe pourtant des programmes spécialisés tels que les SEP (Student Exchange Program), l’IMP (International Mobility Project) ou Erasmus. L’ANEPF en collaboration avec les administrations de chaque UFR doit assurer la communication sur ces programmes mais également sur l’ensemble des aides potentielles à mobilité étudiante.

La création d’un réseau Alumni (réseau d’anciens étudiants) serait également un véritable atout pour les étudiants, particulièrement dans la recherche de stages ou de premier emploi. Les contacts avec des professionnels sont en effet encore aujourd’hui trop rares au cours du cursus.

Les étudiants s’intéressent à l’avenir et à l’actualité de leur future profession qu’ils suivent principalement via la presse et internet mais également via les outils de l’ANEPF que sont la revue de presse et les DESIR. Une application ANEPF pour smartphone aurait également pour objectif de diffuser l’actualité pharmaceutique aux étudiants et ce, de manière objective. Pour favoriser l’insertion professionnelle des étudiants en officine, l’ANEPF édite également le Guide de l’installation du jeune Pharmacien.

Le Grand Entretien lève également le voile sur une donnée jusqu’ici inconnue: 53 % des étudiants en pharmacie pratiquent une activité rémunérée parallèlement à leur cursus universitaire. Parmi eux, près de la moitié travaille pendant les périodes de cours.

Même si cette activité extra-universitaire a un lien avec les études pour 61,1 % des étudiants en pharmacie salariés, et qu’elle peut apporter une plus-value pédagogique non négligeable, il est important qu’elle n’entre pas en concurrence directe avec le temps réservé aux études. La pratique d’une activité rémunérée pendant l’été, réalisée par 75 % des étudiants salariés peut être une solution évitant de travailler pendant les périodes d’enseignement.

De plus, le statut d’étudiant salarié existe et correspond à une catégorie d’étudiants dont les critères d’éligibilité sont bien définis et procurant des avantages au niveau du parcours universitaire. Malheureusement, seulement 34 % des étudiants connaissent ce statut. Il conviendrait alors d’informer les étudiants sur celui-ci au moment des inscriptions administratives.

La pratique d’une activité rémunérée peut être positive pour les étudiants qui peuvent acquérir une expérience professionnelle, et appliquer leurs connaissances théoriques, néanmoins 38,9 % des étudiants salariés ont un emploi n’ayant aucun lien avec leurs études. Pour ces étudiants l’activité rémunérée n’a alors qu’un but économique.

À l’heure actuelle, plus de 75 % des étudiants ne vivent plus chez leurs parents. En moyenne le loyer mensuel des étudiants en pharmacie est de 397,54€. Le coût du loyer varie en fonction de la taille de la ville. Ce poste de dépense très conséquent pour les étudiants n’ayant accès à aucune aide pour payer leur loyer comme c’est le cas pour 36 % des étudiants vivants de manière totalement indépendante.

L’ANEPF, les associations locales et les administrations des UFR Pharmacie doivent communiquer sur les aides disponibles telles que les Aides Personnalisées au Logement. La FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes) à laquelle adhère l’ANEPF porte comme projet l’Aide Globale d’Indépendance[1], organisée en un guichet unique d’aides qui favoriserait entre-autres l’accès au logement pour les étudiants.

Cette catégorie de la population est la cible privilégiée des propriétaires cherchant à mettre en location des logements insalubres. Pour lutter contre cela les CROUS ont mis en place un label identifiant les appartements étudiants répondant à une charte de qualité que s’engage à respecter le propriétaire. L’ANEPF ne peut qu’encourager les initiatives protégeant les étudiants.

En 2014, les étudiants en pharmacie viennent de tous horizons et de tout type de classes sociales. Seuls 40 % sont des enfants de cadres et/ou professions libérales. Les études de pharmacie sont donc accessibles à tout étudiant motivé, en partie grâce aux tutorats accompagnant les étudiants à moindre coût tout au long de leur 1ère année.

Les données de cette enquête permettent aujourd’hui d’avoir un aperçu global des conditions de vie des étudiants en pharmacie de France. Il persiste aujourd’hui des inégalités réelles chez les étudiants en pharmacie et ce sur chacun des aspects de la vie qui ont été ici étudiés. En effet l’obligation de se salarier, le manque d’accès aux soins, aux logements sociaux, la hausse des prix des loyers et des transports sont tant de critères entrant en compte dans la vie des étudiants.

 

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